
Réinventer la conservation du corps dans une optique durable
Avec l’urgence écologique qui touche tous les aspects de notre quotidien, la manière dont nous gérons nos corps après la mort suscite de plus en plus de réflexions. Les modes de sépulture traditionnels et pratiques funéraires, comme l’inhumation ou la crémation, pourtant les seules actuellement autorisées en Belgique, ont un impact significatif sur l’environnement : utilisation de bois précieux pour les cercueils, produits chimiques pour l’embaumement et les soins de conservation, ou émissions de CO₂ dues à la crémation.
De nombreuses personnes souhaitent aujourd’hui des funérailles plus sobres et respectueuses de la nature. De nouvelles alternatives écologiques voient depuis quelques années le jour à travers le monde. Ces pratiques, à la croisée de la technologie, de l’écologie et des traditions ancestrales, offrent des options innovantes pour un dernier repos respectueux de la planète. En Belgique, la législation évolue lentement, mais la prise de conscience citoyenne est bien réelle. Adopter des obsèques plus écologiques, c’est prolonger son engagement pour la planète jusqu’à son dernier souffle.
Si l’humusation ou d’autres pratiques alternatives ne sont pas encore permises, la démarche vers une mort plus durable peut déjà s’incarner dans de petits choix : matériaux, proximité, simplicité et respect du cycle naturel. Cet article brosse les grandes lignes des options plus vertes qui s’invitent dans notre quotidien ou fleurissent aux quatre coins du monde pour des funérailles plus respectueuses de notre planète.
Quelques initiatives écologiques aux quatre coins de la planète
1. L’inhumation verte : un retour à la simplicité
L’inhumation verte, ou « natural burial », consiste à enterrer le corps sans embaumement ni cercueil hermétique, dans un linceul ou un cercueil biodégradable. L’objectif est de permettre au corps de se décomposer naturellement, sans polluer le sol.
Les cimetières naturels se développent dans le monde entier, avec des exemples comme le Green Burial Council aux États-Unis ou les réserves naturelles dédiées en Angleterre. Ces espaces sont souvent aménagés comme des prairies ou des forêts, où des arbres peuvent être plantés à la mémoire des défunts.
Ce type de sépulture réduit considérablement l’impact écologique en éliminant l’usage de produits chimiques et en diminuant les déchets plastiques et métalliques. De plus, il contribue à la biodiversité en transformant les lieux de repos en véritables sanctuaires naturels.
2. L’humusation : transformer le corps en compost
Pratique émergente en Belgique et en France, l’humusation repose sur un processus naturel de décomposition dans un environnement contrôlé. Le corps est placé dans une structure où chaleur et humidité permettent de le transformer en humus fertile en environ un an. Ce compost peut ensuite être utilisé pour enrichir les sols, bouclant ainsi le cycle naturel de la vie et de la mort.
Bien que cette méthode suscite des débats et nécessite des adaptations législatives dans certains pays, elle illustre une approche innovante et circulaire. Elle répond également à une demande croissante pour des solutions qui intègrent les valeurs écologiques et ouvre la voie à une réflexion sur la durabilité de nos choix après la mort.
3. Capsula Mundi : renaître sous forme d’arbre
Capsula Mundi, un projet italien, remplace les cercueils traditionnels par des capsules biodégradables en forme d’œuf, dans lesquelles le corps est placé en position fœtale. Une fois enterrée, la capsule est surmontée d’un arbre ou d’un arbuste, symbolisant la renaissance de la vie à partir de la mort.
Ce concept transforme les cimetières en forêts mémorielles, tout en améliorant la qualité de l’air et en contribuant à la reforestation. Cette méthode offre une solution poétique et écologique qui a séduit de nombreuses personnes à travers le monde.
4. L’aquamation : la crémation sans feu
Aussi appelée hydrolyse alcaline, l’aquamation utilise de l’eau et des produits alcalins pour dissoudre les tissus du corps. Ce procédé, plus respectueux de l’environnement que la crémation traditionnelle, produit moins de CO₂ et consomme moins d’énergie.
Les os restants sont réduits en poudre et peuvent être remis aux familles comme pour une crémation classique. En outre, l’eau utilisée dans le processus est traitée avant d’être réintroduite dans le système. Cette pratique, déjà utilisée aux États-Unis, au Canada et en Australie, représente une alternative prometteuse, bien que peu répandue en Europe.
5. Le compostage humain : une révolution venue des États-Unis
Le compostage humain, mis en avant par l’entreprise américaine Recompose, est un processus contrôlé où le corps est placé dans un récipient contenant des matériaux organiques comme des copeaux de bois et de la paille. En 30 jours environ, le corps est transformé en terre fertile.
Recompose est déjà en activité dans certains États américains, notamment Washington, où la législation autorise cette pratique.
6. Les cercueils en champignon : biodégradation rapide et enrichissement des sols
Les cercueils en mycélium, comme ceux développés par l’entreprise néerlandaise Loop Biotech, sont fabriqués à partir de champignons capables de décomposer rapidement les matières organiques.
Ces cercueils futuristes sont une alternative idéale pour ceux qui souhaitent réduire leur empreinte écologique après leur mort.
7. Enterrement en mer avec des matériaux respectueux de l’environnement
Bien que les enterrements en mer soient déjà une pratique ancienne dans certaines cultures, leur adaptation écologique passe par l’utilisation de cercueils ou urnes biodégradables. Ces matériaux se décomposent rapidement, sans polluer les fonds marins. On peut retrouver ainsi des urnes solubles en sel conçues pour se dissoudre dans l’eau en quelques heures ou des sacs biodégradables pour des cérémonies funéraires respectant les écosystèmes aquatiques.
Quelle place pour les alternatives écologiques en Belgique ?
En Belgique, les alternatives écologiques restent limitées par un cadre législatif strict. Actuellement, seules l’inhumation traditionnelle et la crémation sont autorisées, bien que certaines adaptations écologiques soient possibles, comme l’utilisation de cercueils en matériaux biodégradables ou l’inhumation dans des cimetières naturels, encore peu nombreux dans le pays. Les pratiques innovantes telles que l’humusation, le compostage humain ou l’aquamation ne sont pas encore reconnues légalement.
Toutefois, le débat est en cours : plusieurs acteurs, notamment des associations écologiques et des professionnels du secteur funéraire, militent pour l’intégration de ces nouvelles pratiques dans la législation belge.
Des projets pilotes comme ceux autour de l’humusation suscitent un vif intérêt et une réflexion éthique et écologique. Ces initiatives pourraient encourager le législateur à envisager des modifications de la réglementation, répondant ainsi à une demande croissante pour des options funéraires respectueuses de l’environnement. En parallèle, des campagnes de sensibilisation et des discussions citoyennes se multiplient pour faire avancer cette réflexion collective. La Belgique est donc à un tournant, où innovation et tradition doivent trouver un équilibre pour répondre aux enjeux environnementaux actuels.
Plus d’informations sur la légalisation de l’humusation en Belgique : https://www.humusation.org/
Vers une mort plus durable et consciente
Adopter une sépulture écologique, c’est bien plus qu’un choix personnel : c’est aujourd’hui une manière de prolonger son engagement pour la planète jusqu’à son dernier souffle, une démarche citoyenne. Ces pratiques, en plein essor à travers le monde, montrent que même face à la mort, il est possible d’innover et de respecter les équilibres naturels. Et dans l’attente d’une évolution législative, et d’une plus grande liberté face à nos choix écologiques jusqu’après nos derniers instants, des pratiques plus « vertes » sont possibles et à la portée de tous.
En Belgique, plusieurs démarches et aménagements visent à réduire l’impact environnemental des obsèques : des cimetières « naturels » permettent des inhumations plus sobres (parcelles sans monument, usage de cercueils biodégradables, intégration paysagère) — on trouve des sites référencés notamment en Flandre (ex. Rekem/Isaekshoef) — tandis que certaines communes (Bruxelles, exemples communaux en Wallonie) expérimentent ou installent des prairies fleuries, des vergers et des parcelles « fleurs à cueillir » pour favoriser la biodiversité et limiter les fleurs artificielles; la Région bruxelloise autorise par ailleurs l’inhumation dans un linceul en matière naturelle sous conditions locales.
Sur le plan des pratiques funéraires, des gestes simples sont encouragés : cercueils en bois local non traité, urnes biodégradables, toilette funéraire ou table réfrigérée au lieu d’embaumement, vêtements en fibres naturelles et impressions sur papier recyclé.
Enfin, des acteurs associatifs belges mènent des campagnes d’information et des démarches pour étudier et piloter l’humusation, le compostage humain et d’autres techniques circulaires ; ces pratiques restent toutefois soumises à un cadre légal restrictif et à des expérimentations avant toute reconnaissance.
Et en province de Namur ?
En province de Namur, plusieurs communes se distinguent par leur engagement en faveur de cimetières plus écologiques et apaisants. La Ville de Namur a notamment développé le label « Cimetière nature », visant à transformer ces lieux de mémoire en espaces de biodiversité. Une douzaine de sites communaux appliquent déjà une gestion sans pesticides, remplacée par des prairies fleuries, des plantations locales, des zones d’herbes hautes et des haies champêtres. Cette approche favorise la faune et la flore tout en offrant un cadre plus harmonieux aux familles. À Andenne, certains cimetières ont été entièrement végétalisés, troquant les allées de gravier pour des surfaces herbeuses et fleuries, plus vivantes et moins minérales. D’autres initiatives émergent, comme la création de cercueils en carton et de caveaux écologiques par une entreprise namuroise, illustrant la volonté locale d’innover jusque dans les matériaux utilisés. Ces actions, encore rares à l’échelle du pays, montrent que la province de Namur joue un rôle moteur dans l’évolution vers des pratiques funéraires plus durables et respectueuses de l’environnement

